Le Coin des Petits

Comment stimuler la marche chez le bébé qui ne se lève pas

Bébé qui ne se lève pas encore : activités d'éveil et motricité libre pour stimuler la marche

Certains bébés aux jambes bien potelées refusent obstinément de passer de la position assise à la position debout, alors que d'autres se lancent sans qu'on ait rien préparé de spécial. Chez moi, à Caen, cette question a occupé mon salon pendant plusieurs mois, avec un petit bonhomme que j'appellerai Léo. Il avait mis au point une technique de glisse sur les fesses d'une efficacité redoutable, mais la station debout, elle, restait manifestement facultative. Ses parents comparaient souvent son rythme à celui de son cousin, déjà lancé partout en courant, et cette pression invisible flottait à chaque dépose du matin. Le Carnet de Santé fixe pourtant le seuil d'alerte médicale pour la marche autonome vers 18 mois : sur le papier, rien ne presse. Mais à hauteur de tapis, l'envie d'accompagner le développement psychomoteur d'un enfant prend toujours le dessus sur la patience, et c'est cette tension-là qui a occupé mes semaines avec Léo.

Un salon trop sécurisé, aucune prise pour se lever

Ce matin-là, en observant le parquet ciré de mon salon à hauteur de ses yeux, j'ai compris une chose : à force de tout sécuriser, j'avais fabriqué un désert plat, sans aucune prise pour se hisser. On imagine souvent qu'il faut de l'espace pour apprendre à marcher ; pour apprendre à se lever, il faut au contraire des obstacles, quelque chose à empoigner.

Entre le canapé et la table basse, le vide devait lui sembler infranchissable, comme un océan sans le moindre rocher où poser la main. Léo n'avait rien à quoi se raccrocher pour tester sa force, alors il restait assis, raisonnablement. Les parents s'inquiètent souvent d'un problème de tonus musculaire quand un bébé tarde à se lever ; dans son cas, l'explication tenait surtout à l'espace, pas aux muscles.

Gros plan des pieds nus d'un bébé cherchant l'équilibre sur un parquet en bois, un exercice de motricité libre.

Lâcher la main : ma façon d'appliquer la motricité libre

Après plusieurs semaines à le regarder ramper sans se lever, j'ai arrêté de lui donner la main. C'est tentant, cette envie de sentir ses petits doigts se refermer sur les nôtres pour l'aider à avancer, mais c'est nous qui portons alors son poids, pas ses jambes. La motricité libre part d'un principe simple et redoutablement patient : ne jamais installer un enfant dans une posture qu'il n'a pas conquise lui-même.

J'ai construit à la place un parcours d'appui : le fauteuil rapproché de la table basse, de gros coussins fermes disposés comme des marches, pour qu'il puisse toujours toucher quelque chose de stable en décollant les fesses du sol. J'ai aussi ressorti mes notes sur la façon d' aider un bébé qui ne fait pas de quatre pattes au quotidien, parce que renforcer les épaules et les bras compte aussi, même quand le passage par le quatre-pattes n'est pas incontournable.

Avant d'arriver au tabouret et au bac sensoriel, plusieurs tentatives ont fini au fond du coffre à jouets. Les puzzles en bois que je plaçais sur l'accoudoir pour l'inciter à se hisser étaient bien trop compliqués pour son âge : au lieu de chercher à attraper les pièces, il les envoyait valser à travers la pièce, agacé. Ce n'est qu'en changeant complètement d'objet que les choses ont bougé.

Le bac sensoriel posé en hauteur, nouvel objet de convoitise

Un après-midi pluvieux, j'ai tenté autre chose : au lieu de poser mon bac sensoriel de semoule et de petits dinosaures sur le tapis, je l'ai installé sur un tabouret stable, à peu près à hauteur de son torse une fois debout. L'envie d'attraper le tricératops orange a fini par être plus forte que la flemme de rester assis. Il a posé ses mains sur le bord du tabouret, poussé sur ses cuisses tremblantes, les yeux rivés sur le bac : c'est la curiosité qui a servi de moteur, pas mes encouragements à répétition.

Ce tabouret est devenu un rituel presque quotidien. Six semaines après l'avoir installé, un soir où sa mère venait le récupérer et où il filait d'habitude directement vers la porte, Léo s'est arrêté, a tiré la main de sa maman vers le bac, pour un dernier passage avant de partir. Ce n'était ni une séance ni un exercice : juste un détour qu'il avait décidé seul, et qui en disait long sur la confiance que ses jambes commençaient à lui inspirer.

Bac sensoriel surélevé sur un tabouret, activité d'éveil pour encourager un bébé à se tenir debout.

Une question de pieds nus plutôt que de muscles

Vers le début de l'été, un détail tout bête a tout changé. Léo portait de jolies chaussettes antidérapantes, mais glissait quand même un peu. Un après-midi de chaleur moite, je lui ai tout enlevé : pieds nus sur le parquet, ses orteils se sont mis à chercher une vraie prise sur le bois, celle que le tissu, même antidérapant, ne donne jamais.

Le bruit de ses paumes sur le parquet, quand il accélérait son quatre-pattes pour m'échapper, a changé de tonalité ce jour-là : ce n'était plus un glissement, mais une vraie poussée. Pieds nus, il recevait enfin les informations du sol, et des chaussures trop rigides coupent souvent cette connexion-là au début de la marche. Un après-midi de balade place Saint-Sauveur, sur les pavés irréguliers, j'ai vu à quel point une autre texture pouvait réclamer un tout autre équilibre : impossible d'y aller pieds nus, bien sûr, mais la leçon du parquet m'a suivie partout, ce jeu d'ajustement permanent entre la surface et le pied.

Quand le doute s'installe plus profondément, mieux vaut consulter la PMI que de rester seule avec ses questions : il est utile de savoir identifier un retard de développement psychomoteur chez le bébé avant de s'inquiéter sans raison, et ça reste un repère que je garde toujours en tête dans mon métier de nounou à domicile.

La patience a fini par gagner sur la stimulation forcée

Beaucoup d'enfants font leurs premiers pas vers un an, mais une bonne partie prend largement plus de temps, sans que ça change l'issue. Léo faisait partie de ceux qui observent, qui calculent, qui attendent d'être certains avant de se lancer. Il a fallu que j'apprenne à me taire, à ne pas répéter « allez, lève-toi ! » toutes les cinq minutes : ma présence devait rester un filet de sécurité, pas un moteur bruyant.

Les ateliers de manipulation ont continué, et quand la frustration de ne pas atteindre un objet le rendait grognon, j'essayais d' améliorer les transitions difficiles grâce au Snoezelen plutôt que de forcer les choses. Jocelyne, une amie assistante maternelle du quartier, m'appelait presque chaque soir pour débriefer sa journée, en commençant toujours, invariablement, par la sieste du mardi qui avait encore mal tourné, avant de me demander où en était Léo.

C'est au milieu d'un de ces coups de fil, un soir de novembre où la lumière orangée filtrait déjà bas par les baies vitrées du salon, que ça s'est produit, sans séance ni préparation. Un petit camion de pompiers avait traîné sur le bord du canapé depuis l'après-midi. Léo s'est approché en rampant, hissé avec une aisance nouvelle, puis, au lieu de redescendre sur les fesses pour avancer, il a lâché le bord de la table pour atteindre le canapé. Un pas. Un seul. Il n'est pas tombé, a attrapé le camion, s'est rassis d'un coup sur ses couches, et m'a regardé avec un sourire qui disait tout.

Petit camion rouge posé sur le bord d'un canapé, objet-motivation pour les premiers pas d'un bébé.

Ce qui a vraiment marché, et ce qui a fini au placard

Le matériel n'a pas changé grand-chose pour Léo ; c'est l'espace qui a tout fait basculer. Les trotteurs et autres youpalas sont restés au placard — je n'en ai de toute façon pas, je les trouve encombrants et pas très bons pour les hanches. Ce qui a fonctionné, c'est d'avoir transformé le salon en un petit parcours, meubles stables et textures variées, plutôt qu'un espace lisse et vide.

Ce qui a échoué, en revanche, c'est d'essayer de le faire marcher en le tenant sous les bras : ça ne créait que de la tension dans ses épaules, et de l'agacement chez nous deux. La marche reste une conquête personnelle ; mon rôle se limitait à rendre le terrain de cette conquête un peu plus motivant.

Yvon, le père d'une petite fille que j'accueille quatre jours par semaine, me pose souvent des questions très précises sur la durée exacte de ce genre d'exercice, combien de minutes sur le tabouret, à quelle fréquence. Je réponds toujours la même chose, un peu évasive : ça dépend du jour, parfois cinq minutes, parfois toute une fin d'après-midi, et c'est justement ça qui compte, ne pas minuter l'envie d'un enfant.

La leçon que je garde de Léo n'est pas qu'il fallait attendre plus longtemps, ni qu'il fallait stimuler plus fort : c'est qu'un bébé n'a pas besoin qu'on lui apprenne à marcher, il a besoin d'une bonne raison de lâcher ce à quoi il s'accroche déjà. Le reste, les tabourets, les bacs, les coussins empilés, n'est qu'un décor pour cette décision qu'il prendra tout seul, à son heure.

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